ENTRE ILLUSION ET DESILLUSION
On peut avoir accompli un itinéraire professionnel tout à fait correct, honorable, et vivre ce parcours comme un échec parce qu'il est en décalage avec les aspirations, les valeurs, les croyances et les mythes familiaux dont on est l'héritier.
Chaque vie professionnelle et personnelle est une alchimie complexe et singulière qu'il faut identifier dans sa complexité et sa singularité. Faute de quoi on risque de passer à côté de l'essentiel de l'histoire vécue en risquant de lui attribuer des caractéristiques qui ne lui appartiennent pas.
Bien sûr, celui qui retrace son parcours de vie est convaincu que tout ce qu'il vient de relater est fondé. Il pense avoir suffisamment d'indices pour étayer sa conviction. Nous pouvons émettre l'hypothèse qu'en retour de l'exposé du récit de vie, son interlocuteur peut avoir l'impression d'être troublé par le sentiment que le narrateur est en prise avec une certaine part de son imaginaire. L'un comme l'autre, pouvons cependant reconnaître qu'une tranche de vie personnelle peut être la proie d'une représentation romancée mais que l'individu en question a sans aucun doute toutes les raisons légitimes pour l'exposer ainsi.
Il faut parvenir à reconnaître que c'est entre autres choses, cette représentation de l'individu bien que partiale qui l'a fait fonctionner et dysfonctionner au cours de son long parcours de vie professionnelle. C'est certainement aussi, en découvrant la part qui revient à ses désirs et à l'expression de son imaginaire dans la construction de son récit de vie que le narrateur peut devenir acteur de son propre parcours. Nous partons du principe qu'en augmentant sa lucidité sur ce qui, dans son propre parcours vient de lui, il puisse accroître son autonomie et son pouvoir sur le déroulement de sa vie.
La prise en compte personnelle ou à l'aide d'un tiers, de cette part incontournable d'imaginaire dans tout récit d'une tranche de vie, peut tout à la fois permettre de mesurer le risque de contamination de la réalité imaginaire sur la réalité objective, et rendre capable celui qui l'a vécue, de contrôler et retenir l'influence de cet imaginaire.
Il est donc opportun de souligner précisément la complexité des processus qui tissent la trame d'une histoire singulière jusqu'à déterminer les orientations, les obstacles et les inhibitions dont elle est faite. En lien avec les effets de certains déterminismes sociaux viennent s'ajouter des processus psychiques. Ces processus relèvent, pour une part, du rôle qu'ont tenu les parents dans le fonctionnement de la famille et, pour une autre part, des désirs et des imaginaires que cette organisation familiale a suscités chez les enfants que nous étions.
Ce qui mérite d'être souligné, c'est que ces processus psychiques viennent renforcer ou relayer les facteurs sociaux générateurs d'inhibition. |